à Notre positionnement

 

           

            Dans tout processus d'énonciation, et dans ce qu'il est convenu d'appeler la "simulation de l'activité linguistique" il y aurait une étape que l'on pourrait appeler de conceptualisation, de la part de l'émetteur, du référent (verbal et substantif) de son énoncé. Cette conceptualisation, en ce qui concerne le procès et l’attribuant, se réalise en fonction de deux opérations que nous appellerons la Temporalisation et la  Modalisation, qui constituent  ce que nous appellerons dorénavant la Modalité d'Enonciation.

 

LA TEMPORALISATION

 

            Le processus de Temporalisation permet à l'émetteur de situer le référent de son énoncé sur l'axe chronologique, et ceci par rapport soit au moment de l'énonciation, soit par rapport et au moment de l'énonciation  et au temps de l'énoncé.

            Nous pouvons représenter les catégories de la temporalisation de la façon suivante:

 

 

       
       

 


                                               Absolu

                        Indivis à

                                               Relatif

 

 

Temps à                            Antérieur

 

                          Divis à     Actuel           

                                                                  

                                             Postérieur

 

 

 

 

 

            Ces catégories mentales vont inférer, dans la structure profonde, la catégorie de temps verbal que nous pouvons définir comme le sème qui traduit dans l'énoncé le type de localisation temporelle du référent.

 

LA MODALISATION

 

            Le processus de Modalisation permet à l'énonciateur de se représenter son propre savoir sur l'existence ou non du référent de son énoncé, et dans le cas de la non existence, sur ses possibilités d'exister.

Ce processus se réalise en fonction d'un certain nombre de paramètres :

  • savoir/ne pas savoir,
  • pouvoir/ne pas pouvoir et  
  • être/ne pas être.

L'application de ces paramètres, qui est  postérieure à la Temporalisation, phénomène premier de la représentation, va inférer, dans la structure profonde, la catégorie de mode verbal ; nous définirons doncle mode verbal comme le sème qui traduit dans l'énoncé le type de représentation du référent en fonction des paramètres temporalisation et modalisation.

 

            Le temps et le mode verbal sont des constituants obligatoires du noyau de la structure profonde sémantique qui ex­priment la conceptualisation du référent de l'énoncé. Au niveau morpho-syntaxique de la structure profonde, les morphèmes de mode et de temps sont des constituants de l'auxiliaire verbal.

 

            La modalisation est fonction de la temporalisation, c'est à dire que, dans l'énoncé, le temps conditionne le mode. On a pu dire que le verbe régit l'énoncé ; néanmoins, le verbe est constitué par une accumulation de sèmes (sémantème verbal + sème modal + sème temporel + (sème aspectuel) + sème personnel + ...) ; il s'agirait de savoir lequel de ces sèmes est recteur de l'énoncé. D'après ce que nous avons exposé, ce sont les sèmes temporels et modaux, dans une relation d'inclusion, qui régissent l'énoncé ; en dernière instance le sème temporel en serait le seul et vrai recteur.

 

            En fonction des paramètres de la modalisation, nous pouvons établir la règle de réécriture du mode verbal :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

            Une fois établi le concept de mode verbal, nous définirons les différentes catégories modales.

Le Mode imaginaire. Le locuteur assume l’énoncé (ou seulement l’action / état) hors de la réalité, dans l’imaginaire. Il « ouvre » alors un monde où toute association est possible (cf. métaphore, comparaisons, etc..)

 

  • Il était une fois… IMPARFAIT : Une femme marchait dans la nuit.
  • Supposons que je soi Napoléon. Imaginons que…
  • Moi, j’étais le médecin et toi l’infirmière.
  • On aurait cru
  • C’était comme si

 

Le mode hypothétique sert à exprimer que le locuteur n’est pas sûr si le référent de son énoncé existe ou n'existe pas. Pour sa part, le mode non hypothétique sert à exprimer que le locuteur n'a aucun doute quant à l'existence ou la non existence du référent de son énoncé.

 

Ex. :    Pierre est peut-être parti. (M. hypothétique)

 

 Ex. :   Pierre est parti. (M. non hypothétique)

 

 Ex. :   Pierre partira demain. (M. non hypothétique)

 

            Le mode hypothétique présente deux sous-catégories : le pro­bable et l'apparent. Le mode hypothétique probable exprime que l'émetteur ne peut pas se prononcer sur l'existence ou non du référent de son énoncé ; le mode hypothétique apparent ajoute à cela qu'il y a des indices non confirmés sur l'existence du référent de son énoncé.

 

Ex. :    Elle a peut-être la grippe. (M. H. probable)

 

Ex. :    Un tremblement de terre aurait secoué la Chine. (M. H. apparent)

 

            Le mode non hypothétique présente, lui aussi, deux sous-catégories : le mode réel et le mode non réel. Le mode réel exprime que l'émetteur sait que le référent de son énoncé se situe sur le plan de la réalité (présente ou passée). Le mode non réel exprime que l'émetteur sait que le référent de son énoncé ne se situe pas sur le plan de la réalité, soit parce que son existence est impossible (mode non réalisable ou impossible), soit parce que son existence ne s'est pas encore produite (mode  réalisable).

 

Ex. :    Si tu avais admis cette opinion, tu aurais eu tort. (M. non réel impossible)

 

Ex.:     Nous partirons demain. (M. non réel réalisable)

 

            Finalement, le mode réalisable présente trois sous-catégories : le mode possible, le mode futur et le mode  conditionnel : les conditions de réalisation de ces trois modes sont différentes, bien qu'ils situent le référent de l'énoncé dans un temps postérieur ; il y a une gradation de ces conditions dont les étapes sont la simple possibilité (M. possible), le passage du temps (M. futur) et le passage du temps associé à la réalisation d'une condition externe (M. conditionnel).

 

 Ex. :   Je peux/dois faire ce travail (demain). (M. possible)

 Ex. :   Je ferai ce travail demain. (M. futur)

 Ex. :   Je ferai/ferais ce travail si j'en ai/avais le temps. (M. conditionnel)

 

MODE ET TEMPS

 

            Nous avons déjà avancé que la catégorie de mode est fonction de celle du temps; nous pouvons donc combiner modes et temps de la façon suivante:

 

1.-TEMPS ANTERIEUR.

 

1.1-TEMPS ANTERIEUR < MODE REEL

 

Ex. :

  • Marie est partie hier.
  • Votre père? Je le quitte à l'instant même.
  • Il vient d'arriver.

 

1.2-TEMPS ANTERIEUR < MODE REALISABLE

 

Ex. :

 

  • Je repris courage ; dans deux heures du renfort allait arriver (arriverait).

    

 

1.3-TEMPS ANTERIEUR < MODE IMPOSSIBLE

 

 Ex. :

  • Si tu avais travaillé, tu aurais réussi.

 

1.4-TEMPS ANTERIEUR < MODE HYPOTHETIQUE

 

 Ex. :

  • J'ai été peut-être un peu trop sévère avec lui.
  • Jean n'est pas arrivé. Il aura manqué son train.

 

2.-TEMPS ACTUEL.

 

2.1-TEMPS ACTUEL < MODE REEL

 

   Ex. :

  • Il fait beau aujourd'hui.

 

  • Je voulais vous demander un service:...

 

  • Je vous prierais de m'accorder encore un instant.

 

  • Je te promets de venir.

 

  • Quoi! Ces marmots me désobéiront !

 

2.2-TEMPS ACTUEL < MODE HYPOTHETIQUE

 

Ex.:

  • Le chef de l'Etat partirait aujourd'hui en visite officielle chez nos voisins. (APPARENT)

 

  • Il est sans doute parti. (PROBABLE)

 

  • Pierre n'est pas là; il dînera (doit dîner) chez ses parents.

 

  • Cet enfant peut avoir dix ans.

 

3.-TEMPS POSTERIEUR.

 

3.1-TEMPS POSTERIEUR < MODE REALISABLE

 

Ex. :

  • Je pars ce soir.

 

  • Je vous téléphonerai demain.

 

  • Il est sur le point d'arriver.

 

  • Demain, à cette heure-ci,j 'aurai fini ce travail.

 

 

3.2-TEMPS POSTERIEUR < MODE HYPOTHETIQUE

 

Ex. :

  • Il arrive (arrivera) peut-être demain.

 

  • Le chef de l'Etat partirait demain en visite officielle chez nos voisins.

 

4.-TEMPS INDIVIS.

 

4.1-TEMPS INDIVIS < MODE REEL

 

Ex. :

  • La terre tourne autour du soleil.